jeudi 28 février 2013

Sultani Makenga désavoué et accusé de détournement de fonds

Embrouillamini au sein du M23 Sultani Makenga désavoué et accusé de détournement de fonds Plus rien ne va au sein des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Il semble que la signature de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba soit un porte-malheur des hommes de Sultani Makenga. Au sein de cette rébellion, qui n’aura duré que moins d’une année – du moins dans sa forme actuelle datant d’avril 2012 – on enregistre désaveu sur désaveu. Après le désaveu du coordonnateur du M23, Jean-Marie Runiga par des hommes acquis aux humeurs de Sultani Makenga, c’est autour de Sultani Makenga d’être désavoué par des affidés au solde de Runiga. Dans une interview accordée à la radio Kivu1, dont L’Observateur a obtenu copie, le colonel Séraphin Mirindi réagit à la destitution de Jean-Marie Runiga en désavouant Sultani Makenga qu’il accuse de quatre griefs : détournement des fonds, ingérence dans l’organisation politique du M23, usurpation du pouvoir, politique discriminatoire. Il estime que « la décision de destitution du Président du M23 par le Général Sultani Makenda est une décision unilatérale » ne concernant que Makenga lui-même. Le colonel Séraphin Mirindi, porte-parole militaire de l’ex- CNDP de Nkunda, accuse Sultani Makenga d’ingérence dans l’organisation politique du M23 et d’usurpation du pouvoir. En outre, le général Sultani Makenga, pro Bosco Ntaganda, est accusé d’avoir détourné « beaucoup d’argent » de l’ « armée’ » du M23. « Nous avions voulu initier un audit afin qu’il s’en explique. Il a signé sur beaucoup de bons de sortie d’argent et nous voulions savoir l’utilité de tout ce montant car nos soldats meurent de faim », a précisé le colonel Séraphin Mirindi. Le troisième grief à charge de Sultani Makenga, c’est de mener une politique discriminatoire au détriment d’un groupe des troupes. « De trois il ne veut pas réunir toute l’armée du M23 autour de lui car il se contente seulement d’un groupe qui est sous son autorité » a ajouté Séraphin Mirindi. Les accusations contre Sultani Makenga sont loin de s’arrêter là. Les pro-Runiga l’accusent d’avoir été corrompu par le président Joseph Kabila « pour nous désorganiser et mettre fin au dialogue de Kampala que nous suivons bien. » Deux armées, deux porte-parole A ce jour, le climat qui prévaut au sein de la rébellion du M23 ne peut être qualifié autrement que propice à l’émiettement et à la mort de ce mouvement rebelle qui n’aura connu son heure de gloire que pendant quelques mois. Aujourd’hui, le M23 est bicéphale avec deux ailes, donc deux armées : l’une dirigée par Sultani Makenga et l’autre par Séraphin Mirindi ; deux porte-parole militaires : Vianey Kazarama pour l’aile Sultani Makenga, accusé d’indiscipline, et Séraphin Mirindi. Détournement de fonds, usurpation de pouvoir… Voilà qui caractérise la gestion en peu de temps des rebelles du M23 alors qu’ils ne sont pas encore aux affaires. Ce dont ils accusaient Kinshasa, à cor et à cri, et qui motivait leur prise des armes contre le pouvoir de Kinshasa, ils sont incapables de les éviter en nous montrant qu’ils allaient gérer autrement une fois aux affaires ! Comme quoi, les bons diseurs sont loin d’être les bons faiseurs. Bien des exemples au sein de la classe politique congolaise nous ont convaincu qu’il faut toujours nous méfier de ceux qui parlent beaucoup, c’est-à-dire ceux qui s’accrochent au principe : « ôte-toi que je m’y mette ». S’il est des gens – en grand nombre – qui aiment le pouvoir (une ambition du reste légitime), ils sont à compter sur les doigts de la main qui sont disposés à accepter des ordres des autres, supérieurs soient-ils. Par ailleurs, alors qu’ils se mettaient à trucider leurs « compatriotes » en réclamant à cor et à cri le dialogue auprès de Kinshasa, les rebelles du M23 viennent de prouver leur incapacité à se parler entre eux, même en nombre réduit. C’est le cas par exemple de Makenga et Runiga qui, depuis qu’ils vivent comme chien et chat, ont refusé de se parler ni de se regarder droit aux yeux alors que deux belles occasions s’étaient présentées à eux. Le second cas, c’est encore Sultani Makenga qui, à en croire notre source, a toujours refusé la concertation que les membres du Haut-Commandement militaire du M23 lui ont demandée. Que c’est difficile de réclamer à autrui ce que soi-même est incapable d’accepter de faire pour autrui ! Le colonel Mirindi accuse aujourd’hui Makenga d’affamer les militaires du M23. S’il peut reprendre la cassette audiovisuelle enregistrée le jour du meeting de ses hommes au stade de Goma alors que cette ville venait de tomber aux mains de sa rébellion, il pourra réécouter les monts et merveilles qu’ils avaient promis à la population gomatracienne, et particulièrement aux militaires et policiers qui avaient accepté de se rendre ! Sans être un prophète de malheur prédisant la mort politique de cette rébellion, notre perspicacité journalistique nous permet de croire quand même que ses jours sont comptés et que d’ici à quelques semaines, le tonitruant M23 qui a volé la vedette de l’actualité politique pendant plusieurs mois ne sera plus que l’ombre de lui-même. De ces rebelles, aux ambitions démesurées puisque soutenus par des pays que de nombreux rapports onusiens n’ont cessé de dénoncer, il ne restera que des stigmates rouges de sang de tous ces nombreux Congolais morts dans leur propre pays et pour leurs propres richesses. Des stigmates que ces historiens au quotidien que nous sommes n’arrêtent d’immortaliser dans leurs écrits. En attendant, de la radio Kivu1 nous apprenons que les jours à venir il prévu « une réunion extraordinaire entre politiciens et militaires du M23 afin de savoir quelle position prendre et suivre. » Quelle position prendre ? Est-ce la débandade ? Ou encore le maquis en attendant que d’autres soutiens se prononcent pour une autre aventure qui aura la chance de terminer aussi malheureusement que le M23 ? Une autre aventure sur fond de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba qui a pris l’engagement de braquer désormais ses bésicles jour et nuit pour débusquer tout rebelle et tout soutien. Dans toute cette aventure, où les acteurs continuent à peaufiner les dernières stratégies pour tenter de sortir la tête haute, il y a de grands perdants : Roger Lumbala, Antipas Mbusa Nyamuisi qui sont en train de regretter d’avoir opté pour cette piste pour avoir le pouvoir. Kléber Kungu

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