vendredi 30 mai 2014

Brazzaville et Kinshasa engagés dans une guerre de papiers



Conséquences d’une situation mal gérée par la République du Congo
Brazzaville et Kinshasa engagés dans une guerre de papiers
            La République du Congo a décidé de conditionner toute entrée sur son sol à tout  Congolais de Kinshasa à la présentation d’un passeport, tandis que la RDC a rendu la monnaie de sa pièce à son voisin en imposant le port d’un passeport et d’un visa à tout Congolais de Brazzaville désireux de fouler son territoire. Décidément, la poussée de fièvre dans les relations entre Kinshasa et Brazzaville, considérées comme les villes les plus rapprochées au monde est loin de baisser. Depuis le refoulement musclé et dans des conditions inhumaines des ressortissants congolais du territoire du Congo Brazzaville par ses autorités, les relations bilatérales entre les deux pays ont eu coup de froid, à la limite de rupture. Après la guerre des communiqués, aujourd’hui Kinshasa et Brazzaville sont engagés de plain-pied dans un bras de fer des papiers. 
            C’est mercredi 21 mai que le ministre de l'Intérieur, Richard Muyej, a annoncé cette mesure exigeant aux ressortissants du Congo-Brazzaville voisin de se munir d’un passeport et d’un visa s’ils veulent entrer sur son sol, le simple laissez-passer exigé avant n’étant plus cours légal.
            La mesure des autorités de Kinshasa rendait ainsi la pareille à leurs homologues qu’elles accusent d’avoir endurcies les conditions de voyage des Congolais de RDC désireux de se rendre à Brazzaville en traversant le fleuve Congo, frontière naturelle entre les deux pays.
            Qui viennent de se lancer dans ce que nous pouvons appeler bras de fer des papiers. Une crise qui n’est pas sans entraîner des conséquences fâcheuses dont les populations civiles sont les premières victimes. Même si une réunion interministérielle entre représentants de Kinshasa et de Brazzaville est envisagée ce vendredi 23 mai, il y a à craindre une crise qui risque de s’éterniser.
            Une telle éventualité a toutes les chances d’être au détriment des Congolais de la République démocratique du Congo et appelle plusieurs analyses qui doivent interpeller ses dirigeants qui ont fait de l’obtention de ces deux documents un chemin de croix, une démarche particulièrement éprouvante.  En effet, au Congo Kinshasa, si on connaît la date à laquelle on amorce des démarches de l’obtention des deux documents, ce n’est pas le cas pour celle de la fin des démarches.

Absence de cartes d’identité
            Selon certaines personnes, la décision des autorités de Brazzaville d’exiger un passeport à tout Congolais de Kinshasa pour traverser dans leur territoire est motivée par l’absence en RDC d’une carte d’identité, la carte d’électeur tenant lieu de carte d’identité.
            D’où la lancinante question : pourquoi, depuis la disparition de la carte pour citoyen à l’époque du régime Mobutu, aucune autre carte d’identité ne l’a remplacée ? suivie d’autres : sa mise en circulation exige-t-elle des moyens colossaux que le trésor public est incapable de prendre en charge ? Si colossaux qu’ils dépassent ceux investis dans la fabrication des cartes d’électeur ?
            Que se passe-t-il chez les voisins en matière des documents administratifs ? A en croire une journaliste de la RDC ayant fait ses études universitaires à Brazzaville, au Congo-Brazzaville, l’obtention de tous les documents administratifs est gratuite et que le délai d’obtention est entre une semaine pour des démarches entreprises dans un circuit non officiel et moyennant quelques billets de banque, et un mois dans le circuit officiel.

Conséquences
            Au-delà de tous ces aspects, le refoulement de Brazzaville ne sera pas sans conséquences. Brazzaville connaît déjà une grande baisse d’activités de premier plan. Toutes sortes de métiers peu qualifiés exercés alors par des Congolais de Kinshasa  ne le sont plus à ce jour.
            Par ailleurs, toutes les activités exercées dans une ambiance très animée au beach Ngobila ont pris un sérieux coup. Par conséquent, tous ceux qui en tiraient des dividendes, officiellement ou officieusement, ne peuvent que regretter la survenue des événements malheureux de Brazzaville. Comme quoi, « ba coop ebebi» (les affaires ont pris un coup), disent certains analystes connaisseurs de ce milieu
            En plus, des activités commerciales qui nourrissaient des milliers de familles aussi bien à Kinshasa qu’à Brazzaville, tournent actuellement au ralenti, sinon pas du tout. Le secteur des sports n’en sort pas indemne de cette situation mal gérée par les autorités de Brazzaville. Quatre équipes de hand-ball, versions féminines et masculines, du Congo Kinshasa qui devraient participer aux 30èmes championnats d’Afrique des vainqueurs de coupe à Oyo, au Congo-Brazzaville, n’ont plus effectué le déplacement.
            A tout prendre, Brazzaville a mal géré une situation qui ne pouvait dégénérer en une telle crise. Pour une grande opération policière baptisée "Mbata ya bakolo" (la gifle des aînés, en lingala) depuis début, le Congo-Brazzaville a cru tout se permettre, qu’il avait le droit de vie et de mort sur les ressortissants de son voisin, par conséquent, qu’il pouvait les malmener, au nom de la « gifle des aînés », comme il entendait.
            Même si officiellement, cette opération est destinée à combattre une recrudescence du banditisme imputée aux étrangers, et entre autres aux "kuluna", ces délinquants de Kinshasa armés de machettes réfugiés au Congo Brazzaville où ils avaient fui l’opération « Likofi » (coup de poing en lingala) menée par la police kinoise.
            A ce jour, plus de 170 000 ressortissants vivant à Brazzaville ont été refoulés et sont rentrés au bercail, en situation régulière ou non. En effet, au début l’opération concernait les personnes en situation irrégulière. Mais craignant une expulsion de force, même en règle, et face à la montée d'une hostilité manifeste de la population brazzavilloise, des dizaines de milliers de ressortissants du Congo Kinshasa sont rentrés de gré au bercail, abandonnant pour la plupart tout sur place.
Kléber Kungu

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