vendredi 4 septembre 2009

un receveur enseignant de français


Incroyablement vrai
On a tout vu, sauf un receveur enseignant de français
Un receveur s’exprimant bien en français, on en voit de plus en plus, quoique rarement, à bord des bus qui sillonnent les artères de Kinshasa. Mais un receveur s’exprimant bien dans la langue de Voltaire et se donnant le culot de donner quelques rudiments de cours de phonétique à quelques passagers, on en rencontre très rarement. Et pourtant, j’en ai rencontré un. Christian, la vingtaine, a fait des humanités littéraires. Il n’hésite pas de dispenser, chemin faisant, quelques notions de phonétique. A la satisfaction des passagers de son bus. Dont particulièrement moi.
Nous sommes treize passagers à bord de taxi bus de marque Vanette desservant la ligne Victoire-Regideso. Aux conditions difficiles de transport de Kinshasa dont parle un des passagers qui s’engouffre difficilement, le receveur rétorque : « Entassez-vous comme des sardines ! », alors que le taxi-bus quitte le parking. Cette belle phrase bien prononcée tombe agréablement dans mon oreille très exercée et dans celle des autres passagers, dont le passager plaintif.
Celui-ci ne tarde pas d’attaquer. « Res [-prononcez ress, pour le diminutif de receveur-],
lance le passager, la cinquantaine, peut-on marier un Congolais à un Angolais ? » Le receveur, une tige d’allumette collée aux dents, se fait répéter la question. « Non ! » Répond-il. Car, les deux sont des hommes, précise le jeune garçon, tout souriant. La bataille m’intéressant, je m’y jette allégrement, sans me faire inviter. « Excepté toutes les autres considérations de la question, m’introduis-je, j’ai remarqué une faute. On marie une personne et on épouse une femme ou un homme ». Le questionneur acquiesce, appuyé par les autres passagers, dont deux femmes à ma droite.
Cela dit, le débat s’anime et devenant très intéressant pour ceux qu’il intéressant, tandis que d’autres passagers donnaient l’impression d’être dans un autre monde. Nous atteignons le boulevard Triomphal lorsque le receveur commence son cours de français, encouragé par les félicitations de ss passagers qui n’hésitent pas de trouver en lui un receveur d’une autre période. Et lorsqu’un des passagers lui demandent s’il a étudié, il répond, tout joyeux : « J’ai fait des études littéraires ». « Ta place n’est pas ici », lui fais-je comprendre. Les réactions éclatent. « Si, rétorquent les autres. Il ferait mieux de travailler au lieu de ne rien faire ». « C’est malgré lui qu’il exerce ce travail », répond ma voisine de droite.

Tout épatant et convaincant
L’enseignant de français va m’épater lorsqu’il lance, sûr de lui : « C‘est comme certaines personnes ne savent pas distinguer entre « aller à » et « partir pour ». J’ai failli l’embrasser ! Un receveur, de surcroît un jeune, un faire un tel cours de français, dans cette capitale où le gros des jeunes ne jure que par les insanités et obscénités des musiciens congolais ! Il va dégainer une autre cartouche, pas des moindres. « On devrait normalement prononcer « uit » et non « ouit » comme on le prononce généralement pour huit », dit-il. Le petit vient de me convaincre : il est passé entre de bonnes mains ! Il est aussi épatant que convaincant, ce receveur.
Le questionneur, qui tente de chercher des poux sur la tête propre du receveur, revient à la charge avec une autre question à son endroit. « Res, dit-il, citez-moi les jours de la semaine. » Comme, sentant un piège, le receveur hésite, avant de répondre : « lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche. » Le questionneur précise sa question. « Tu peux commencer par dimanche ou un autre jour de la semaine », dit-il. Lorsqu’on dit ‘’le premier jour de la semaine’’, ajoute-t-il, c’est par rapport à quoi ? » Il lance une autre colle au petit. « Citez-moi 5 jours de la semaine sans les énumérer », dit-il. Le receveur est grogy. L’homme vient à sa rescousse. « Aujourd’hui, hier, avant-hier, demain et lendemain ». Il va appuyer sa réponse par quelques exemples : « on peut dire, je viendrai demain », je l’ai rencontré hier… » La réponse est loin de me convaincre. Toutefois, ma voisine de droite n’hésite pas de prendre quelques notes de toutes ses leçons.

Le questionneur ‘’faux-tête’’
« Res, dit-il l’homme, après avoir écrit ‘’IX’’ sur du papier qu’il tend au receveur, écris ‘’six’’ sans ratures ni surcharges ». Pendant que les passagers se moquent joyeusement de l’homme qui veut à tout prix coincer le receveur. Celui-ci lui remet le papier quelques secondes après, avec la meilleure réponse : ‘’SIX’’.
Avant de descendre, le questionneur lance la dernière cartouche. « Nebuchodonosor, roi de Babylone. Ecris cela en 4 mots ». Cette fois-ci le coup est fatal. Il donne la réponse lui-même. « Cela ». Ne se sentant pas vaincu, le receveur lance aussi sa cartouche mortelle, alors que le questionneur descend. « Où porte-t-on, un chapeau sur la tête ? ». On arrive à l’arrêt avant l’arrêt Rail sur l’avenue Des Huileries. Réponse : e.
En descendant, à la place d’argent, le questionneur exhibe sa carte, sous la désapprobation des passagers. « Non, papa, protestent-ils, donnez ne serait-ce que la moitié du billet pour encourager le receveur. » La seule réponse du questionneur ‘’faux-tête’’: « Lorsque j’en aurai. Pour le moment, je n’en ai pas ».
Lorsque je descends à l’arrêt Restaurant, le receveur me montre les signes distinctifs de son taxi bus : sur la pare-brise est écrit ceci ‘’L’élévation vient de Dieu’’. Comme pour me dire, il ne vaut jamais hésiter à prendre place à bord de ce bus entre plusieurs dans un arrêt. Avec un receveur aussi intellectuel, on est en bonne compagnie, loin de ceux, malheureusement plus nombreux, impolis, incultes, impudiques et…
Kléber kungu

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